L'autorisation du glyphosate finalement renouvelée pour 10 ans

17 novembre 2023 à 8h13 par Joséphine Point

InfosLes infos

Les États membres de l’Union européenne ne sont pas parvenus à s’entendre sur la proposition de reconduire ou non pour 10 ans l’autorisation de cet herbicide controversé.

Crédit : illustration Envato - DR

La Commission européenne a annoncé ce jeudi 16 novembre qu'elle allait renouveler l'autorisation du glyphosate dans l'Union européenne (UE) pour 10 ans, à la suite d'un vote des États membres qui a ouvert la voie à cette décision sur cet herbicide controversé. À l'appui de sa décision, l'exécutif européen met en avant le rapport d'un régulateur européen estimant que le niveau de risque ne justifie pas d'interdire le glyphosate.


L'autorisation actuelle de cette substance dans l'UE, renouvelée en 2017 pour cinq ans puis étendue d'une année supplémentaire, expire le 15 décembre. En l'absence de majorité au sein des 27 sur cette question, il revenait à la Commission de trancher.


"La Commission, en collaboration avec les États membres de l'UE, va maintenant procéder au renouvellement de l'approbation du glyphosate pour une période de dix ans, sous réserve de certaines nouvelles conditions et restrictions", indique-t-elle dans un communiqué. Elle prévoit quelques garde-fous et l'interdiction de l'usage du glyphosate pour la dessiccation (épandage pour sécher une culture avant récolte).


 


Pas de "préoccupation critique" pour les humains


Le glyphosate, substance active de plusieurs herbicides, dont le Roundup de Monsanto, très largement utilisé dans le monde, avait été classé en 2015 comme "cancérogène probable" par le Centre international de recherche sur le cancer de l'Organisation mondiale de la santé. À l'inverse, en juillet, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a indiqué n'avoir pas identifié de "domaine de préoccupation critique" chez les humains, les animaux et l'environnement susceptible d'empêcher l'autorisation de l'herbicide, tout en reconnaissant un manque de données.


Le groupe allemand Bayer, qui a acquis Monsanto en 2018, s'est réjoui de l'annonce de la Commission. "Cette nouvelle autorisation nous permet de continuer à fournir aux agriculteurs de toute l'Union européenne une technologie importante pour la lutte intégrée contre les mauvaises herbes", a déclaré un porte-parole.


 


La France s'est abstenue


Comme lors d'un premier vote le 13 octobre, la majorité qualifiée requise pour valider ou rejeter la proposition de la Commission, soit 15 États sur 27, représentant au moins 65% de la population européenne, n'a pas été atteinte jeudi. Sept pays, dont la France, première puissance agricole de l'Union européenne, l'Allemagne, l'Italie, la Belgique et les Pays-Bas se sont abstenus, tandis que 17 ont voté pour, et trois s'y sont opposés (Luxembourg, Croatie, Autriche), selon des sources diplomatiques.


La France n'est "pas contre le principe du renouvellement de la molécule" mais "regrette" que la Commission n'ait pas pris en compte ses propositions visant à restreindre l'usage de l'herbicide, a indiqué le ministère de l'Agriculture.


Même si la substance active est approuvée au niveau de l'UE, chaque État reste chargé d'autoriser les produits contenant du glyphosate. Et pourrait donc adopter des restrictions selon les spécificités locales et effets potentiels sur l'environnement, dans le cadre des critères fixés par Bruxelles. En France, les usages du glyphosate ont été restreints ces dernières années ; il est notamment interdit aux particuliers et aux collectivités ou les doses utilisées par les agriculteurs sont encadrées.


 


(avec AFP)